Quitter Dakar





Roman : Quitter Dakar.
Auteur :  Delhomme, Sophie-Anne.
Éditorial : Didier, Paris. (2012).
ISBN :      978-2-278-07251-4
Collection : Mondes en VF.
Pages :    176.

Personnages :
Manuela, la protagoniste, récemment décédée.
Le fils de Manuela, le protagoniste, le témoin de l´histoire.
Un homme, l´amant de Manuela, qui dit ne l´avoir ni vu, ni connue.
Licart, l´ami français, qui n’est jamais retourné dans sa patrie.
Laetitia, la copine du fils de Manuela en 1990.
Prudence, l´employée avec « ses humeurs »
Thierno, employé, qui est resté avec la chèvre.
Mme et M Maréchal, couple, voisins au Point E.
Sophie, la fille des Maréchal, l´amie d´enfance.
Vivi,  Vivianne, la vipère. Fille de Prudence. Amoureuse du fils de Manuela.
Le grand-père René, qui reste en France.
Autres personnages : le gardien du phare, le conducteur du taxi, les amis de Vivi,homme du chariot de l´aéroport, barmans, boys, etc.

 Le  mythique Baobab
Thème :
Le thème porte sur la relation entre un enfant et sa mère avec en arrière plan les voyages faits Sénégal au cours de l´enfance du fils.

L´argument :
Manuela est une femme énigmatique qui voyage avec son fils chaque année à Dakar, au mois d´avril. Elle  dirige une boutique de mode.
On vit à côté des Maréchal, qui ont une fille nommée Sophie.
Manuela a des amis, elle a un  amant, et vit la nuit.  Elle se parfume avec de la fleur de tiaré et elle revivre lorsqu´elle est à Dakar.
Son fils, présent, observe mais il ne comprend rien. Lui, le fils de Manuela, est le centre de sa vie, mais qu´occasionnellement, à son grand déplaisir.
Déjà adulte, il revient à Dakar à deux occasions. D´une manière inespérée, avec Laetitia, rendue malade par la nourriture de l´avion. Et après le décès de sa mère, quand il revient à Dakar pour se la rappeler et pour reconstruire son passé.
Initialement, ses souvenirs d´enfance sont voilés comme la poussière jaune imprégnant la ville.
La rencontre avec l´amant de sa mère constituait un espoir de la faire revivre, pour mieux la comprendre, mais cet homme méprisant lui dit avec colère ne se souvenir de rien. Il était l´homme qui mettait sa mère de mauvaise humeur, et qui ne l’aimait pas.
Il ressent alors une grande mélancolie. Comme si sa mère était morte une seconde fois. Elle n´a pas été reconnue, elle n´existe plus pour personne d´autre que lui. "La poussière, sa mère et lui, tout cela n´existe plus"
Il reste au chambre et tombe malade. Après trois jours la fièvre disparaît  et il s´encourage à sortir par la croyance qu´un événement important va se produire.
Boubou

Prudence est maintenant la personne qu´il veut trouver.

Mais un homme croise son chemin. À son grand étonnement, il se fait demandé poliment s´il est le fils de Mme Manuela. Cet homme c´est Thierno,  le boy  guinéen de leurs voisins au point E.
Soudain, les souvenirs d´enfance du protagoniste reviennent à son esprit. Ils constituent son trésor et Dakar est décrite à partir de ses souvenirs et de son présent.  Le jardin des voisins du point E avec la grande statue "horreur de guerre"
abandonnée dans  le garage, ses jeux avec Sophie pour dérouter les Martiens…
le cimetière de Soumbédioune qui lui rappelle un autre cimetière visité en France avec Manuela…Prudence et l´histoire d´un monsieur en grand boubou assis dans le petit baobab. Un jour ce monsieur est arrivé et les oiseaux ont cessé de chanter. L´angoisse de Manuela, la disparition de Prudence, le départ  silencieux des Maréchal, son incompréhensible retour à Paris. Il ne reviendra jamais plus en avril à Dakar.

 Les souvenirs et les expériences s´égrènent pendant que le protagoniste trouve l´illusion de l´amour dans sa relation avec Vivi.
Un amour plein d´illusions et d´espérances, non exempté de l´amertume du passé et de doutes, mais qui le pousse à l´invitée à Paris et même à la demander en mariage.
Vivi part sans lui offrir d´explications. Il n´est pas sûr qu´elle se présente au moment du départ du vol. Malgré toutes les contrariétés ils finissent par prendre l´avion ensemble, et essaient son rêve de futur dans les hauteurs (dînette).

De façon paradoxale, l´atterrissage de l´appareil est doux mais la réalité est toute autre. Vivi, qui n´a pas découvert sa véritable identité, reste retenue à l´aéroport. Toutes les tentatives du fils de Manuela  seront vaines pour la sortir de cette situation et aussi d´elle-même...Vivi ne vivra pas à Paris.
 
Place de l´Indepandance. Point E. Dakar

Style littéraire :
Le livre est structuré dans 28 brefs chapitres, énumérés, sans titre  et sans ordre chronologique. Il a un format de texte narratif dans lequel les dialogues et la diversité de narrations ne sont pas appréciés au premier coup d´oeil.
Delhomme utilise un langage familier pour transmettre les émotions, les situations et les pensées de la narration. Elle démontre par ailleurs sa connaissance des expressions orales de Dakar, synthèses des apports de l´anglais, du français, du Wolof et même d´expressions arabes.   Ces expressions sont utilisées dans les descriptions du paysage villageois et lors des tentatives peu nombreuses de dialogues, qui sont plutôt des phrases intercalées sans aucun type de signe de ponctuation orthographique particulier. Par conséquent, le texte pourrait être défini comme un monologue du personnage principal, rempli de grandes descriptions et de quelques réflexions.

Ce style littéraire permet de bien refléter le type de société existante entre les rues de Dakar, où l’oeuvre se développe.
 Marché Sandaga.

Le roman a un dénouement  classique marquant  la fin de l´intrigue :
1r point. La rencontre avec Thierno, qui le fait plonger dans ses mémoires (il se souvient  même qu´il était muet et pourquoi il l’était…) et permet l´espoir de se réconcilier avec son passé pour embrasser l´avenir.
Demi-point. L´apparition  de sa bien-aimée Vivi. Sa vieest transformée, et il est maintenant entouré d´amis, de joie, de conversations, et de les plans futurs malgré  l´incohérence de sa bien-aimé. Il se sent bouillant quand il est capable d´exorciser le rab que Vivi croit porter. Manuela est peu à peu reléguée au passé.
2éme point. L´arrivée à Paris. (chapitre 27). Tout s´écroule, tout s´arrête avec la tromperie de la part de Vivi. On peut comprendre maintenant pourquoi Vivi n´a pas informé Licart de son départ, l´attitude contractée de Thierno lors de leur dernier rendez-vous, ou l´étrange relation avec l´homme de l´aéroport

Cette découverte finale nous  retourne à l´état ​​initial de l´histoire déjà exprimé dans le premier mot du titre du livre "Quitter" ... lui, toubab, jaloux des Africains, contrarié de ne pas être reconnu comme dakarois ; Dakar… d´où il peut s´éloigner mais qu’il ne quittera jamais, ne pouvant pas renoncer à cette ville parce qu´elle fait partie de lui-même.

Av. Lamine Gueye et La chatèdrale.

L´analyse thématique:
Quitter Dakar un récit contemporain, mais presque d´une forme atemporelle, dans laquelle deux dates se précisent : - le moment où le protagoniste se rappelle de sa relation antérieure avec Laetitia (décennie des 90) et - dans le chapitre 28 où est donnée la date de naissance de Vivi (le 25 juin 1975).

Cependant,  dès le premier moment du récit, le passage du temps est reflété : passage de la brillance à la décrépitude (les édifices, le même hôtel N'Gor), de la joie à la désillusion, de la reconnaissance des paysages jusqu´à se sentir étranger parmi ceux-ci. Ce passage du temps reste présent quand le protagoniste, avec son voyage de retour au phare, prend des nouvelles après du chauffeur de taxi du grand baobab et le chauffeur de taxi s´étonne. La narration part d´une situation initiale où se présentent l´endroit, les personnages et les circonstances dans celles qu´ils se trouvent.
 Auberge du Chevalier de Boufflers (Gorée)
À savoir :
-      La Narration. La narration est impersonnelle, constituée d´événements et d´émotions, rapportée à la troisième personne,  entremêlée avec la narration réalisée par le protagoniste, le fils de Manuela, dont le point de vue est à la  première personne.  Ainsi, à l’intérieur du texte narratif, se trouve le témoin des faits. Le résultat est un journal intime, plein de paysage,
empreint de nostalgie et d´un peu d´amertume, qui ne disparaît même pas avec l´amour de Vivi ni avec ses rêves de commencer une vie commune à Paris.
Il est intéressant de noter que le protagoniste, fils de Manuela, est dépourvu de nom pour l´ identifier. Il est le protagoniste des événements, mais il n ´a pas de nom reflétant que ce qui prévaut à sa vie c´est la personnalité des trois femmes qui ont marqué sa vie. C´est un contraste entre être le protagoniste de son histoire et se comporter d´une manière passive, comme un observateur.

-       Les temps de l´action.
Il y a deux temps principaux. Au présent se mêle l´évocation continuelle du passé, comme dans un va et vient sans démarcation. Ce n´est qu`à la fin du récit que se trouve présenté, presque comme un dénouement logique, l’idée d’un futur, désiré en tant que changement positif récompensant le protagoniste de sa recherche de racines et lui permettant de trouver sa propre authenticité émotionnelle.

-       Plans de l´action.
        Il y a un plan réel dans l’espace et un plan imaginaire dans lequel l´œuvre se déroule.
Le plan des ombres, la peur de l´araignée par exemple qui représe la douleur, l´inconnu, 
le perte qui suppose le changement inintelligible et radical dans la vie des protagonistes.
          Le plan de la folie se trouve dans tout le rapporté aux croyances ancestrales de Prudence et de Vivi (la disparition de Prudence, le mensonge de Licart, la croyance de la part de Vivi d´être un être - satanique - doté d´un rab comme stigmate de son comportement, en plus de son propre nom -Vipère- qu´elle même définit comme celui d´un serpent porteur de poison. On peut être ajoutés dans ce plan les moments d´ébriété et fébriles des personnages principaux et leur environnement.
Phare Les Mamelles.

À propos de la langue Wolof :
(Complément à la note 28, page 20)
Le français est la langue officielle du Sénégal.
Le wolof appartient à la famille des langues Kordofan Congo, branche
Niger-Congo.

Le wolof est devenu la principale langue utilisée au Sénégal étant parlée par 80% de la population et légalement reconnue, sauf en Gambie.

La langue, parmi d´autres, a la particularité d´avoir le "ñ" qui est utilisé avec le même son qu´en espagnol, en plus de l´interjection « dé » qui marque le fin d´une phrase ou souligne fortement le contenu (exprimé avec le note 112, page 83 du livre). Le système de numérotation est arabe.
Petit initiation à la langue Wolof:

 Sophie-Anne Delhomme by Jean Philippe Delhome

À propos de l´auteur :
Née à 1961, Sophie-Anne Delhomme est directrice artistique au Courrier International. Elle a écrit de nombreuses nouvelles (Trois pluies, Detemps en temps) avant de publier en 2010, son premier roman, “Quitter Dakar”, nourri de sa propre enfance au Sénégal.
Son amour pour un Dakar qui disparaît, un peu comme disparaît le grand baobab (emplacement actuel des piscines olympiques), la fait défendre un projet de préservation du patrimoine architectural de la capitale sénégalaise.
En septembre 2011, elle est membre du jury à Paris, du  2e concours de  photo pour amateurs, sous le thème «Planète Femmes»  organisé par la Fondation Alliance Française.
Sophie-Anne Delhomme a son propre site web, dont la dernière actualisation remonte à octobre 2012.
Elle est mariée avec Jean-Philippe Delhomme, écrivain, illustrateur et célèbre blogueur de sujets de mode.
En 2009, ils se sont installés à New York, à cause des expositions de son mari, pour retourner l´année suivante à Paris.


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